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Anna

« Modesty ! a été une évidence à ce moment-là de ma vie quand Sébastien m’en a parlé. Le mot pudeur vient me rappeler une vielle rancœur vis-à-vis de mon corps

Pourquoi j’ai commencé à détester mon corps ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’à un moment, il y a eu la colère à l’état brut. La haine. Le feu intérieur, qui consume et ravage tout. Le feu qui vient cacher la pluie, les larmes, la tristesse.

Et toutes ces émotions dans un seul corps ce n’est pas vivable. Alors je l’ai ai faites sortir, par tous les moyens possibles. C’est fou comme on peut aller loin quand on n’est pas capable de gérer ce trop-plein. On a l’impression de crever parce qu’on ne nous a pas assez regardée, pas assez aimée, pas assez reconnue.

Naïvement, j’ai cru que les coups de cutter n’abîmaient que le corps. Je n’ai compris qu’après, que cela entaillait aussi mon âme. Que l’un et l’autre n’étaient pas dissociés. C’est là que j’ai commencé à me cacher derrière mes vêtements.

Et quand j’en ai eu marre de devoir expliquer chaque nouvelles blessures ou cicatrices et que j’ai voulu essayer de m’aimer, j’ai eu l’idée « d’améliorer » mon corps. Tatouages vous voilà ! Ah ça enfin c’est beau ! C’est esthétique ! Ça ne pourra que faire mieux… Tu parles… Je pourrais écrire un bouquin sur les différentes manières de se planquer. Comme la prise de poids.

Jusqu’au moment où enfin, je n’ai plus eu l’énergie de mener ce combat.

Vient alors la phase de réconciliation, dans laquelle j’essaye de trouver un équilibre et d’aimer mon corps comme il est devenu, ce qui n’est pas simple dans un monde qui nous rappelle qu’on n’est pas assez mince, pas assez bien foutue.

J’ai alors commencé à poser pour des photographes. Un ami appelle cela de la photothérapie, il n’a pas tort. Merci à toi Sébastien pour m’avoir permis de m’exprimer et de tendre un peu plus vers mon équilibre »

Anna G.