Héloïse

MODESTY!

Histoires de corps - Histoires d'Âmes

Héloïse

«Participer au projet « Modesty! » était un véritable défi pour moi, tant au niveau de l’image que j’avais de mon corps, que des blessures qu’il a subi. A 22 ans je peux dire que je commence à aimer ces différents membres, qui, en les rassemblant, forment mon corps. Pourtant, personne ne le voit. Ou plutôt tout le monde ne voit que ça. Tout le monde s’arrête sur cette enveloppe charnelle qui n’est pas vraiment moi. Mais personne ne vient creuser, enlever le fard et découvrir qui je suis vraiment.

C’est facile d’aborder quelqu’un et de lui dire que ses photos de nus sont belles, voire excitantes. A chaque fois que je dois lire un message de ce genre, j’ai envie de crier de toutes mes forces que ce n’est pas moi, que je ne suis pas un fantasme. Au moment de prendre ces photos pour « Modesty » je pensais être chez des amis qui m’aimaient pour ce que je suis. C’est toujours la même fausse impression. Que ce soit à l’adolescence ou bien aujourd’hui, je ressens cette colère et cette envie de hurler qu’on ne traite pas une femme comme une poupée qui doit dire « oui » et sourire sagement. Le premier à m’avoir dit sans cesse de me taire c’était mon père et je supportais sans rien dire. Et Maman qui ne se respectait pas non plus et qu’il fallait sauver de la mort chaque jour ne m’aidait pas.

Au collège, le harcèlement, les messages qui me poussaient au suicide et la solitude m’ont poussés à me renfermer sur moi-même et à ne pas oser dire quand quelque chose me faisait mal. Je ne savais pas me respecter et beaucoup en ont bien profité. Pourquoi lorsque je raconte ces choses à des amis font-ils la grimace et ont-ils l’air gênés ? Sans doute parce que cela parle du moment ou deux hommes me maintenaient contre un mur sans que je puisse bouger ou crier… peut-être parce que cela parle de tous les rapports non réellement consentis pendant lesquels je n’ai pas osé bouger et où je suis restée couchée avec cette douleur qui me déchirait… peut-être parce que cela parle de la mort qui me tentait beaucoup… On ne parle pas de ces choses-là. Ce n’est pas joli. Mais je ne suis pas jolie.

Je suis moi. J’ai des cicatrices. Je me bats tous les jours contre la déréalisation qui me fait flotter depuis ces longs mois de dépression et de calmants. Aujourd’hui la photo me permet de m’aimer un peu. J’aime tellement ce sentiment de puissance lorsque je pose. Je me mets nue mais pourtant personne ne saura jamais ce qu’il se passe en moi. Je deviens forte, je n’ai pas peur de la souffrance. Mon corps est mon plus grand allié, je lui fais confiance et je l’aime tendrement. Il est mon seul bien.

A tous ceux qui se sont servis de moi, qui m’ont dit de me taire, de ne pas exister, de ne pas bouger ou que ma liberté est dérangeante… vous n’existez pas pour moi. Telle la buée qui disparaît, je ne vous vois plus.

Je remercie sincèrement Sébastien Barriol de m’avoir fait participer à ce projet. C’est une merveilleuse expérience humaine avec lui, mais surtout avec soi.»

Héloïse H.